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Même si on veut décrédibiliser la presse, sa liberté s’exerce et s’exercera

La presse a toujours été gênante pour le pouvoir en place. Quand on est au pouvoir, on règne en maître, on décide tout sans se soucier des critiques, on nomme ses proches, ses amis et des copains. Les maîtres du jour transgressent tous les règles de la nature et trouvent toujours la presse outrageante, malveillante et déformante les faits. Avant d’essayer de donner des leçons aux dias, les princes du pouvoir devaient évaluer leurs propres performances. En ce moment, la crédibilité de la presse subit un coup dur à cause d’un psychopathe cupide, manipulateur et impitoyable sans aucune morale. On n’hésite pas à écraser ses confrères, ses anciens amis sans penser aux conséquences que cela aura à leur métier demain. Qui a intérêt à décrédibiliser la presse mauricienne ?

 

La presse mauricienne a toujours été divisée sur beaucoup de questions d’actualités. Les étrangers admirent la diversité et la pluralité des titres de presse écrite, parlée ou en ligne. Une certaine compétition pour avoir la primeur, une exclusivité n’a rien d’anormal. Les coups de coudes entre journalistes, reporters hommes et femmes pour apporter la meilleure image ou la meilleure exclusivité, sont monnaie courante. Avec la venue des radios privées, il est difficile pour la presse écrite de sortir avec une ‘breaking News’. A chaque époque, il y a des moments difficiles, procès, Contempt of Court etc, donc aucune raison de perdre le nord. Les médias font face à une autre concurrence, les réseaux sociaux ou chaque internaute devient un reporter grâce à leurs portables.

 

Dans le passé, on suivait avec assiduité les polémiques entre différents journaux, articles d’opinions, le tout dans le respect et dans l’élégance. Marcel Cabon ancien journaliste au Mauricien, puis brièvement la rédaction en chef cède son poste à André Masson pour assurer la direction d’Advance, organe de presse du Parti Travailliste pro indépendantiste. Cabon y mène à travers ses articles un combat en faveur de l’indépendance et soutient les revendications populaires, tout en prônant le mauricianisme. André Masson à la tête du Mauricien fut un adversaire acharné. Chacun affichait son camp ouvertement sans peur et sans reproche.

 

Aujourd’hui, le journaliste investigation vise à révéler des informations cachées et doivent les vérifier, au moyen d’enquêtes parfois longues et minutieuses. Des informations que l’on doit recontextualiser, hiérarchiser, et historiciser si nécessaire, puis on doit les confronter différentes sources concernées. Chacun clame son indépendance mais dans les faits, leur agenda, leur motivation paraît clairement.

 

L’affaire Watergate, un des grands scandales politiques, a permis à la presse écrite américaine de prendre possession du quatrième pouvoir. Deux reporters du Washington Post Carl Bernstein et Bob Woodward ne se contentent pas de l’enquête officielle, font des investigations qui conduisent à l’inculpation du président Nixon qui finira par démissionner en 1974. Tout cela n’était pas facile face aux pouvoirs, aux hommes du président et aux nombreux médias contre eux.

 

Joseph Scaron a écrit dans La Marianne un excellent article : « De la théorie du complot à l’omerta des journalistes ». En voici, un extrait qui nous intéresse. « Elle court, elle court, la théorie du complot. On a beau couper le cou à la rumeur, à la fausse information, au fantasme, au (mauvais) canular, il poursuit sa route comme un canard sans tête. Le complot a, de plus en plus, droit de cité et droit d’être cité. Les lanceurs d’alerte ne sont pas une invention de l’époque moderne. Ils rendent depuis longtemps service à la société en révélant des cas de corruption ou d’abus de pouvoir, et ils le font bien souvent en courant de grands risques personnels. Ils jouent un rôle important dans la société en demandant des comptes aux puissants, que ce soit au sein d’une agence gouvernementale, dans un conseil d’administration ou dans une usine. Mais comme l’a écrit le lanceur d’alerte anonyme à l’origine des Panama Papers, John Doe, ce qui est nouveau c’est que l’information est aujourd’hui beaucoup plus facilement accessible et diffusée en quantités énormes à travers les frontières. C’est ce que nous avons pu constater avec l’affaire des câbles diplomatiques américains révélés par Wikileaks, avec les dossiers de la NSA, ceux de HSBC (les SwissLeaks) et les Panama Papers.

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