Home > Actualités > On avait promis le 24/7 et non la privatisation de l’eau

On avait promis le 24/7 et non la privatisation de l’eau

Dans leur programme électoral, l’alliance lepep avait promis une fourniture d’eau 24/7 dans le pays et non la privatisation des services d’eau. Il semble que le gouvernement se prépare déjà pour une forme de privatisation.

 

Le jeudi 21 septembre lors d’une cérémonie dans le cadre de « The World Day 2017 », à Ébène, Ivan Collendavelloo, ministre de l’Énergie et des Services publics, avait préparé l’opinion publique en annonçant que les techniciens de la Banque mondiale (BM) seraient bientôt à Maurice pour faire « un exposé sur la privatisation à l’intention exclusive des ministres et députés ». Ce même jour, Gaston François Desmarais, chairman de la CWA, avait annoncé la décision de nommer un partenaire stratégique à travers un exercice d’appel d’offre international. « Nous ne devons pas avoir peur du changement. Nous aurons le savoir-faire, l’expérience, l’expertise nécessaire, entre autres. » avait-il déclaré. Le directeur général de la CWA, Yousouf Ismaël, avait lui souligné que la privatisation de l’organisme se fera dans l’intérêt des employées et celui des consommateurs.

 

En effet, vendredi dernier, le 29 septembre, des représentants de la World Bank ont proposé la privatisation de la CWA au gouvernement. Selon la BM, Maurice souffre d’une pénurie d’eau et est déjà classifié comme un ‘water-stressed country’ et la situation s’empirera d’ici 2020. Les changements climatiques affectent également la situation. Le même jour, la Plateforme anti privatisation de la CWA, a manifesté devant le Parlement. Le porte-parole de la Plateforme, Jayen Chellun affirmait que la privatisation d’un bien public n’offrira pas le même service. « On ne peut privatiser un public good, surtout dans un pays où nous sommes dans une situation de monopole. Ceux au bas de l’échelle ne vont pas bénéficier des services nécessaires. Cela leur coûte très cher. Nous demandons à tous les parlementaires de rejeter le projet de privatisation de la CWA. »

 

Tout cela nous semble déjà programmé, car le mardi 11 avril à l’Assemblée nationale, cette question était abordée par le ministre   des Services publics, Ivan Collendavelloo, qui avait déclaré que le contrat de l’opérateur privé sélectionné pour gérer et entretenir le réseau de distribution d’eau potable s’étalera sur 15 ans. Il avait même précisé que le conseil des ministres avait avalisé, le 3 février dernier, la décision d’engager le processus de privatisation de la CWA. Le ministre parlé d’un affermage où l’opérateur privé sera uniquement chargé du fonctionnement et de la maintenance. Et que même au terme de son contrat, après 15 ans, il ne pourra pas revendiquer la propriété de la CWA, qui restera celle du peuple de Maurice.

 

Et pourtant dans son dernier budget, le Premier ministre et ministre des Finances, avait un autre message, en proposant que Rs 210 millions seront injectées dans l’installation de réservoirs en acier dans 21 régions les plus affectées par la pénurie d’eau. Ces réservoirs auront une capacité de stockage de 2000 mètres cubes d’eau.

Rs 135 millions seront investies dans l’acquisition de 15 stations de traitement mobiles pour purifier l’eau boueuse par temps de fortes averses.

Rs 598 millions seront injectées dans le Water Treatment Plant de Bagatelle Dam.

Une somme de Rs 2,3 milliards sera mise à la disposition de la Central Water Authority (CWA) pour remplacer 264 kilomètres de tuyaux.

Le gouvernement veut améliorer la performance de 150 stations de traitement d’eau au coût de quelque Rs 400 millions.

 

Plus grave encore, le secrétaire général de l’Association des Consommateurs de l’île Maurice (ACIM), trouve que « le Budget ne faisait même pas mention d’une distribution d’eau 24/7 », et le projet de partenariat stratégique pour la Central Water Authority (CWA) n’a pas été évoqué.

 

Iswarduth Guness, président de l’Union of Employees of the CWA, syndicat membre de la Platform anti-privatisation, affirme qu’avec ce projet de partenaire stratégique, Ivan Collendavelloo est en train de « déterrer un cadavre » que sir Anerood Jugnauth a enterré en 2001. Le 16 août 1999, le gouvernement d’alors avait signé un partenariat stratégique entre la CWA et Lyonnaise des Eaux/Vivendi. Mais quand SAJ est arrivé au pouvoir en 2001, il a « enterré » ce contrat. Mais, la CWA avait même payé des dommages de Rs 30 millions ».

L’économiste Dr Chandra Jankee, avait déclaré qu’il serait souhaitable que des services essentiels restent entre les mains du gouvernement », Le risque que des pauvres n’aient plus accès à l’eau est l’un des principaux arguments avancés par les opposants à la participation du secteur privé dans l’exploitation de l’eau.

 

Iswarduth Guness a assuré que la CWA n’est pas un « canard boiteux qui a besoin de sérum ». « La CWA ramasse Rs 4 millions par jour et a un surplus de Rs 200 000 annuellement. Il n’y a aucune raison de vendre quelque chose qui marche et qui rapporte de l’argent au pays. Nous n’allons pas permettre que la CWA tombe dans la main des étrangers ».
Les animateurs de la Platform anti-privatisation ont annoncé des causeries, débats et autres activités dans le cadre de leur campagne contre le projet de privatisation de la Central Water Authority, ont annoncé une série d’autres activités qui culmineront en une « Marche de l’eau ». Ils arguent que la privatisation de la CWA apportera une augmentation du tarif de l’eau dans son sillage.

Comment sera cette privatisation, est-ce un transfert de l’administration ou un exercice de cessation bail. Mais un tout cas, une augmentation du prix de tarif d’eau, est plus que certains dans le long terme, des risques de perte d’emplois sont bien réels.

 

D’après l’étude réalisée par la Corporate Accountability International (CAI) (Internationale de la responsabilité des entreprises), l’expérience de plusieurs dizaines de municipalités qui ont privatisé leurs infrastructures d’eau illustre le danger qui existe à faire passer les intérêts financiers avant les droits humains. La privatisation de l’eau dans les pays pauvres est critiquée dans la mesure où elle entraîne l’exploitation et la déstabilisation des installations locales, en particulier dans les systèmes de « libre-échange » qui encouragent les réformes allant dans le sens de l’économie de marché. Lorsque l’eau est privatisée, l’injustice coule à flots dit-on.

About Redaction