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Michel G A Bourgeois, commandant de bord long courrier : « Pourquoi renier l’engagement pris en juin de cette année de ne pas toucher aux contrats d’emplois »

Air Mauritius : pas complètement hors de la zone de turbulences

Retour un peu à la normale pour les vols d’Air Mauritius dimanche. Sommes pour autant hors de la zone de turbulences ? Certes, le dialogue a été rétabli entre la direction et les pilotes comme le précise Somas Appavou, le CEO. « Nous avons eu l’occasion de discuter avec les pilotes dans une atmosphère très cordial. Il a été convenu que nous allons poursuivre ce dialogue » affirme-t-il.

 

Les membres du syndicat de l’Airlines Employees Association, se sont rencontrés dimanche. Toutes sortes de rumeurs circulent. Par exemple, une charge de complot est sur certains des membres d’équipage serait en préparation. Ou encore la possibilité de faire appel à quelque 50 pilotes indiens. Un manœuvre risque de froisser les syndicats qui verront cela comme une ingérence étrangère dans les affaires interne du pays.

 

Lundi 9 octobre, le pilote belge Patrick Hofman sera fixé sur la décision du Prime Minister’s Office, et du Passport and Immigration Office et du commissaire de police de lui faire quitter le pays illico presto.

 

Dimanche après-midi, Michel G A Bourgeois, commandant de bord long-courrier, a adressé une lettre au Chairman d’Air Mauritius. Il met le doigt dans la plaie en affirmant pourquoi, sans aucune concertation, sans aucune explication, renier l’engagement pris en juin de cette année, par un de vos EVP, de ne pas toucher aux contrats d’emplois.

 

Voici la lettre de ce Monsieur.

 

Monsieur le président,

Sans aucun esprit de polémique, mais dans un souci de calmer le jeu, je me permets de vous envoyer cette lettre ouverte car la crise que la compagnie aérienne rencontre aujourd’hui avec ses pilotes aurait pu être évitée. Je suis un de vos commandants de bord long courrier, j’ai 64 ans, et dans 7 mois je serai atteint par la limite d’âge et contraint de quitter ce beau métier et cette très belle compagnie aérienne. Mon côté «senior» me donne sans doute, grâce à l’expérience, le recul nécessaire pour me permettre d’analyser les récents évènements avec lucidité. Vous me permettrez, avec tout le respect que je vous dois, de vous dire que je ne vous comprends pas. Les associations de pilotes expatriés et mauriciens vous ont envoyé plusieurs lettres, plusieurs messages qui sont pratiquement tous restés sans réponse depuis des mois. Je ne pense pas que les pilotes vous reprochent de vouloir prendre des mesures économiques, ce qu’ils ne comprennent pas, ce qu’ils n’acceptent pas, c’est le mépris affiché par la direction vis-à-vis de son personnel navigant. J’ai volé presque 18 ans pour la compagnie belge Sabena, et maintenant presque 17 ans chez MK. Durant toutes ces années, même au pire des crises syndicales vécues, jamais je n’ai vu pareil mépris. Pourquoi toutes nos lettres restent-elles sans réponses ? Sans même le moindre accusé de réception ? Pourquoi revenir sans aucune concertation sur certains droits acquis depuis la naissance de la compagnie Pourquoi modifier sans aucune concertation les contrats d’emplois ? Pourquoi, sans aucune concertation, sans aucune explication, renier l’engagement pris en juin de cette année, par un de vos EVP, de ne pas toucher aux contrats d’emplois ? Cela ne se fait nulle part. Vous n’êtes plus d’accord avec certaines conditions ? Soit, je le respecte et peux le comprendre. Mais pourquoi ne pas ouvrir des négociations pour en discuter avec vos pilotes ? Pourquoi prendre tous vos pilotes de front, sans exception, et de plus dans un contexte où, vous le savez aussi bien que moi, nous faisons face à une terrible pénurie de pilotes sur le plan mondial ? Je suis devenu mauricien et fier de l’être. Et une des raisons de cette fierté réside justement dans la démocratie mauricienne face à un immense continent voisin où bien peu de pays peuvent s’en prévaloir… C’est totalement incompréhensible et dangereux pour notre compagnie. Nulle entreprise au monde n’a jamais réussi à s’épanouir en écrasant une partie de son personnel. Je terminerai avec un point qui ne vous plaira pas, mais qui se doit malheureusement d’être pris en considération : vous êtes secondé par un homme qui nous hait pour avoir pris la défense de Megh Pillay. Oui, c’est vrai, les pilotes avaient envoyé une lettre au board pour montrer leur inquiétude de voir le CEO menacé de devoir quitter son poste. Vous connaissez la suite de l’histoire : ce CEO a dû quitter son poste et la personne qui avait été écartée est revenue. Nous payons quelque part pour notre prise de position en faveur de notre ancien CEO, homme compétent, humain, et si nous n’avons pas toujours été d’accord avec lui, jamais il ne nous a méprisé et le canal de communication n’a jamais été rompu comme il l’est malheureusement aujourd’hui. J’ai écouté avec attention votre déclaration à la presse. Vous demandez aux pilotes de se ressaisir. Permettez-moi de vous dire, monsieur le président, que l’effort devra venir des deux côtés, et que, sans une main tendue de part et d’autres, l’avenir sera bien sombre. Veuillez croire, monsieur le président, en l’expression de ma sincère considération.

Michel G A Bourgeois
Commandant de bord long courrier.

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