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Ce 20 mai 1975, les étudiants changent le cours de l’histoire

43 ans depuis qu’ait eu lieu sur le pont de la Grande-Rivière-Nord-Ouest (GRNO) la plus grande manifestation estudiantine de notre pays. La jeunesse intelligente et revendicatrice qui voulait une rupture avec la politique de l’éducation archaïque de l’époque qui n’était pas appropriée au développement du pays. Ce mouvement aura des répercussions importantes qui seront à la base d’un changement politique et social majeur quelques années plus tard. Gaëtan Duval, qui était le Leader de l’Opposition réclame des élections générales mais le Premier ministre d’alors SSR ne parle pas de politisation de la manifestation.

 

 

Mais, pour comprendre tout cela, il faut remonter un peu en arrière quand le lundi 5 mai 1975. 3 000 élèves du collège Bujoharry descendent dans la rue St Georges où se trouve leur école. Ils protestent contre le paiement annuel de Rs 20 réclamé par l’administration du collège pour les activités sportives. Un mince cordon de police est présent sur les lieux. La circulation est perturbée mais la manifestation se déroule sans effusion.

L’affaire fait la une des journaux dès l’après-midi. Interrogé, le directeur de l’école, de son côté, reste ferme et refuse de céder, trouvant la réclamation « justifiée ». Cette revendication spontanée est en fait le signe extérieur d’un malaise plus profond qui mine le système éducatif mauricien depuis plusieurs années. Manque de professeurs, salles inadéquates, mesures disciplinaires autoritaires, frais exorbitants, la colère gronde chez les collégiens.

Une semaine plus tard, la grogne gagne d’autres collèges. Queen Elizabeth, RCC, RCPL, John Kennedy, Eden, London, la plupart des collèges réputés de Maurice se mettent en grève. Les élèves protestent ouvertement contre les nombreux manquements dans leurs établissements.

C’est toute ces problèmes qui ont créer un malaise parmi la population estudiantine dans les années 75 et qui a débouché à une « grève spontanée », le 20 mai 1975. Ce mouvement concerne environ 10 000 à 15 000 élèves selon le journal le Mauricien. A Rose-Hill, à Port- Louis, les élèves descendent dans la rue, font du chahut mais sans qu’il n’y ait de heurts à deplorer. Pour le moment…
D’ailleurs, ce vague de mécontentement s’est vite répandu aux autres établissements privés de même que les collèges d’états et confessionnels du pays. Ils étaient tous touché par cette crise générale. Dès lors, des rencontres s’organisent après les heures de classe pour culminer avec la fameuse grève du mardi 20 mai 1975. Ce jour-là, toutes les institutions primaires et secondaires du pays étaient fermées. Tôt dans la matinée, une dizaine de milliers d’étudiants se réunissent devant leurs établissements respectifs avant de marcher en direction de la capitale. Ils déferlent avant tout vers Rose-Hill. Puis, se joignant aux autres, ils prennent l’ancienne route pour rallier Port-Louis. Brandissant des pancartes et scandant des slogans, ils entament la marche de contestation vers Port-Louis pour manifester devant le parlement.

Parmi eux, un nombre impressionnant de jeunes filles, selon le Mauricien. En fin de matinée, ils sont stoppés à Grande Rivière Nord Ouest. Mais le gouvernement decide de « play it cool », comme rapporté par le Nation, journal du régime.

Ce mardi 20 mai, les écoles sont fermées, l’université également. Tôt le matin, beaucoup d’étudiants se réunissent devant leurs établissements respectifs avant de marcher en direction de la capitale. Ils déferlent avant tout vers Rose-Hill. Puis, se joignant aux autres, ils prennent l’ancienne route pour rallier Port-Louis. Brandissant des pancartes et scandant des slogans, ils entament la marche de contestation vers Port-Louis. Malenn Oodiah est présent : “Je vois des milliers d’étudiants en colère, scandant des slogans contre les injustices et les travers du système éducatif et social. Il y avait aussi une dimension de fête, avec une grande solidarité entre les manifestants. On partageait ce qu’on avait à manger et à boire. Je me souviens des images de la répression policière – gaz, matraques, de la riposte des manifestants et du sauve-qui-peut.”

 

Leur but : c’est de contester le système éducatif de l’époque, qu’ils jugent inapproprié, et dénoncer les nombreux problèmes auxquels ils ont à faire face au sein de leurs établissements respectifs.

 

 

Pourtant, à Rose-Hill, des dérapages ont lieu dans l’après-midi : des collégiens saccagent un autobus et la Riot Unit, section anti-émeute de la police fait usage de gaz lacrymogène.

Le lendemain, c’est l’escalade, à Rose Hill encore puis à Port Louis. Alors que, selon le Mauricien, la plupart des collégiens sont restés chez eux, que les écoles sont fermées, seulement quelque 800 collégiens descendent dans la rue. Cette fois la manifestation tourne à l’émeute. A la rue Desforges et à la rue Leoville L’Homme, des autobus sont saccagés, des magasins lapidés. Des adultes sont présents dans les rangs des manifestants, toujours selon le Mauricien. L’AFP fait état de cette « révolte des étudiants » dans son bulletin.

Au plan politique c’est également l’escalade. Gaëtan Duval, le Leader de l’Opposition parlementaire n’hésite pas à réclamer des élections générales pour « mettre fin aux désordres et barrer la route à l’extrême gauche ». Car 1975 est aussi l’année qui voit la montée en puissance du MMM, le parti de gauche qui pousse vers la prise du pouvoir et dont l’aile jeune noyaute le mouvement étudiant.

Finalement, après une nuit d’émeutes, c’est le retour au calme le lendemain, vendredi. Comme après un cyclone, on fait l’évaluation des dégâts. On relève ainsi 118 arrestations et de nombreux autobus saccagés, 40 au total, dont 4 incendiés.

Le lundi suivant c’est la reprise des cours mais pas partout. Sir Seewoosagur Ramgoolam, le Premier Ministre prend enfin la parole. Il demande aux collégiens d’être « patients ».

Cette fronde estudiantine n’aura finalement fait que des dégâts matériels. Mais elle aura des répercussions sociales et politiques profondes. Comme le Premier Ministre l’avait laissé entendre aux collégiens, le Gouvernement finira par prendre une décision majeure : l’introduction du principe d’éducation gratuite. Cette décision fut entérinée l’année suivante, également année électorale. Mais le mouvement de contestation des collégiens aura aussi été le vivier d’un renouveau politique. Ainsi, une nouvelle génération de jeunes Mauriciens, formant la base de la gauche militante, portera le MMM au pouvoir quelques années plus tard, en 1982.

La manifestation de 1975, dit-il, a porté ses fruits. En décembre, le Premier ministre postindépendance, SSR, octroie le droit de vote à partir de 18 ans. Et l’année suivante, en 1976, il annonce l’éducation gratuite pour tous.

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