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La Démocratie à la Mauricienne

La démocratie est communément définie comme un système ou un régime politique dans lequel la souveraineté émane du peuple : un gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. Les autres principes et fondements de la démocratie sont la liberté des individus, la règle de la majorité, l’existence d’une “constitution”, la séparation des pouvoirs (législatif, exécutif et judiciaire), la consultation régulière du peuple (élection et référendum), la pluralité des partis politiques et  l’indépendance de la justice.

La démocratie directe est l’une des formes premières de la démocratie dans laquelle le peuple exerce directement le pouvoir politique. Dans une démocratie représentative, le peuple exerce ce pouvoir politique d’une manière indirecte : les citoyens élisent des représentants chargés d’établir en leur nom des lois (pouvoir législatif) et de les exécuter (pouvoir exécutif) ; les représentants doivent défendre et appliquer les programmes sur la base desquels ils ont été choisis. La démocratie participative désigne l’ensemble des dispositifs et des procédures qui permettent de renforcer l’implication des citoyens dans la vie politique et d’accroître leur rôle dans les prises de décision.(http://www.toupie.org/Dictionnaire/Democratie.htm)

Maurice a une longue tradition démocratique et le pays est doté d’institutions à la ‘Westminster‘. Comparé à certains pays d’Afrique, d’Amérique du sud ou d’Asie on peut être fier de notre démocratie. Maurice sert de modèle à certains pays émergeants. Notre « Welfare State » nous garantisse une certaine démocratisation de l’éducation, la sante, le transport public, les alimentations de base etc. Cependant, une introspection plus pointue nous révèle des nombreuses failles qui devraient nous interpeller.

Notre démocratie s’apparente à une démocratie représentative. Le citoyen exprime son opinion que le jour du scrutin ; puis il entre en hibernation forcé pendant les 5 années qui suivent laissant le champ libre à l’élite politique et l’élite économique qui vont s’arranger pour maintenir leur suprématie et tout contrôler. C’est un concubinage entre une oligarchie politique et une oligarchie économique qui dure depuis 50 ans et qui est plébiscité chaque 5 année par « lepep admirable ». Ce scenario s’est répété 11 fois depuis l’indépendance sans aucune remise en question.

Notre démocratie se focalise sur « Nou dimoune » plutôt que sur « Tou dimoune ». Notre version de la démocratie devient alors le gouvernement de « Nou dimoune » par « Nou dimoune » pour « Nou dimoune ». Depuis l’indépendance, seuls deux dynasties d’une caste bien précise occupent et monopolisent le poste de Premier ministre selon la formule « papa-piti », abstraction faite d’un très court passage d’un « outsider ». Selon  Le Mauricien du 25 Aout 2011 : « sept familles tiendraient les rênes de notre économie ; ils éviteraient soigneusement de dénoncer les sept autres familles qui accaparent la sphère politique locale». Ils s’arrangent pour maintenir le statu quo en s’abritant derrière une économie capitaliste ultralibéral régie par la loi du marché. Les « die hards, batter bis et coller lafiche » se défoncent pour les soutenir sans réaliser qu’ils vont être broyés inexorablement par le système mis en place. La pauvreté, la surendettement des familles et l’écart entre les riches et les pauvres s’accentuent avec tout ce que cela comporte en termes d’insécurité dans le pays. Les institutions responsables pour faire respecter et promouvoir la démocratie sont infiltrées par la mafia économique, la mafia de la drogue et autres groupuscules occultes.

La démocratisation de l’économie se résume à « aider les petits copains/es à faire beaucoup d’argent en peu de temps ». La démocratisation des terres voulant dire « donner aux proches du pouvoir des lopins de terre à travers l’île ». N’en parlons pas des plages publiques qui sont privatisées sans scrupule avec possiblement pour motif des grosses commissions sous tapis. La bonne gouvernance voulant dire placer des nominés politiques souvent incompétents et accapareurs à la tête des institutions publiques avec les résultats qu’on connait. La transparence voulant dire se cacher derrière les secrets d’état ou ignorer le « Freedom of Information Act » mainte fois promis, pour s’adonner à des combines louches mais rémunératrices. Dans notre démocratie « moralité pas rempli ventre » et les barons de la drogue notoires défilent dans les couloirs ministériels tandis que certains hommes de lois qui les défendent bec et ongle, parfois sans être sollicité, sont les super conseillers de ministres. La chance égale à tous et la méritocratie voulant dire placer fils, filles, frères, sœurs, neveux, nièces, beau-frère, belle-sœur, oncle etc dans des postes clés auprès des institutions publiques et parapubliques. L’argent gangrène la démocratie de par le financement occulte des partis politiques par les barons sucriers et les barons de la drogue laissant la voix libre au blanchiment d’argent sale à travers un système économique parallèle évalué à Rs 150 milliards.

Le ‘First Past the Post’ ou le système majoritaire à un tour est un déni de la démocratie. Cependant, il fait le jeu  des quatre grands partis sur l’échiquier  politique en leur garantissant un mandat selon le jeu d’alliance aussi bancale qu’il soit. Chaque parti étant sous l’emprise d’une dynastie avec pour seul programme : prendre le pouvoir et le maintenir le plus longtemps possible.  On a ainsi été témoin d’un « musical chair » politique pendant les dernières cinq décennies. Le communalisme et le casteisme, antithèse de la démocratie règnent en maitre non seulement pendant les élections mais pendant tout le mandat. Les fausses promesses électorales, les slogans creux, les mensonges, les bribes électorales sont souvent utilisées faute d’une idéologie politique, d’un projet de société ou d’un modèle économique valable. Le transfugisme qui représente une trahison des votes de l’électorat et donc de la démocratie est toléré allègrement pour ne pas dire encouragé. On fait souvent une moquerie du « fair and free election » en proposant de l’argent pour acheter les votes des électeurs ou plus habituellement en offrant des téléphones portables, des tempos, des macaronis ou en faisant asphalter des routes et en recrutant massive ment dans les services publics à la veille des élections.

La presse, élément indispensable pour la bonne marche d’une démocratie, est souvent jugé embarrassante. Elle est prise pour cible en mettant sur pied des institutions régulatrices aussi bien rétrograde que couteuses et des lois baillons anachroniques pour le contrôler. La MBC, institution publique financée par les contribuables est l’exception à la règle. Elle sert de boite à propagande politique pour les princes du jour. Heureusement les radios privées sont là pour rétablir la balance et pour donner la voix aux sans-voix. L’accès à l’internet et la démocratisation des nouvelles technologies de la communication nous apporte un souffle d’espoir pour la consolidation de notre démocratie.

Au nom de la démocratie, notre argent est dévié par centaines de millions de roupies dans les coffres forts, les bâtiments de la honte, les comptes bancaires à l’étranger sans pudeur et sans respect pour nos lois. Tout est fait pour museler l’opposition au parlement dans le but de ne pas avoir à répondre aux questions embarrassantes et maintenir l’opacité. Après les élections, les élus s’éloignent de leurs circonscriptions créant ainsi un cynisme et une attitude de méfiance des citoyens envers la classe politique. La corruption, autre chancre de la démocratie, gagne malheureusement du terrain à tous les échelons de la société Mauricienne. L’éducation à la citoyenneté, si essentielle pour le bon fonctionnement d’une démocratie est totalement absente dans le cursus scolaire.

Face à ces fléaux on ne sait pas trop comment réagir. Mais on peut déjà dire qu’on doit revoir notre façon de faire la politique et songer à  une nouvelle race de politiciens avec des jeunes têtes pensantes intègres, compétentes et imbus de patriotisme Il nous faut faire la transition pour passer d’une démocratie représentative à une démocratie participative ou le citoyen a son mot à dire dans les grandes décisions de l’état et la capacité de révoquer pendant leurs mandats les brebis galeuses au parlement. Le mandat du premier ministre doit être limite à pas plus de deux. La moralité et  L’éthique politique sont primordiales. Nous devons choisir nos représentants au parlement de par leurs honnêtetés, leurs compétences, leurs patriotismes, leurs engagements, leurs idéologies etc. Il faut pour cela faire l’éducation politique des citoyens pour qu’ils comprennent l’enjeu de leurs votes. Verra-t-on dans un proche avenir notre printemps Mauricien ? Malheureusement, la dynastie ethno-castéiste en place fera tout en son pouvoir pour conserver ses privilèges.

M.F.Jeeroburkhan

THINK MAURITIUS.

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